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Génocide au Rwanda: la justice française se prononce sur le non-lieu accordé à l'ex-Première dame
information fournie par AFP 06/05/2026 à 03:50

Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat a déclenché le génocide de 1994, arrive au palais de justice de Paris le 3 novembre 2020 pour être entendue dans l’enquête sur le rôle joué par l’ancien gendarme français Paul Barril pendant le génocide au Rwanda ( AFP / Thomas SAMSON )

Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat a déclenché le génocide de 1994, arrive au palais de justice de Paris le 3 novembre 2020 pour être entendue dans l’enquête sur le rôle joué par l’ancien gendarme français Paul Barril pendant le génocide au Rwanda ( AFP / Thomas SAMSON )

Les investigations concernant l'éventuelle implication d'Agathe Habyarimana dans le génocide de 1994 au Rwanda doivent-elles se poursuivre? Après 19 ans d'instruction, la justice française se prononce mercredi sur le non-lieu prononcé en 2025 en faveur de l'ex-Première dame, dont le parquet et les parties civiles réclament la mise en examen.

Agée de 83 ans, Mme Habyarimana est la veuve du président hutu Juvénal Habyarimana dont l'assassinat le 6 avril 1994 a déclenché les massacres contre la minorité tutsi. D'avril à juillet 1994, le génocide a fait, selon l'ONU, 800.000 morts, Tutsi ou Hutu modérés, tués par les Forces armées rwandaises et les milices extrémistes hutu Interahamwe.

L'ex-Première dame est visée depuis 2007 en France par une information judiciaire pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, ouverte après une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

Placée depuis 2016 sous le statut de témoin assisté, elle n'a jamais été mise en examen par les juges d'instruction, contrairement à ce que demande le Parquet national antiterroriste (Pnat), qui comprend un pôle crimes contre l'humanité.

Selon les quatre associations parties civiles, Mme Habyarimana était une des dirigeants de l'"Akazu" - le premier cercle du pouvoir hutu qui aurait orchestré le génocide.

Une thèse qu'Agathe Habyarimana rejette - celle-ci se présentant comme une mère au foyer de huit enfants sans lien avec la politique - et qu'ont écartée les deux juges d'instruction.

Dans leur ordonnance rendue en août 2025, elles ont considéré qu'il n'existait "pas de charges suffisantes (...) qu'elle ait pu être complice d'acte de génocide" ou "pu participer à une entente en vue de commettre le génocide". Pour elles, elle n'apparaît pas comme "auteure de génocide", mais comme "victime de (l')attentat terroriste" dans lequel ont été tués son mari, son frère et des proches.

- "Prématuré" -

Le Pnat a aussitôt fait appel de cette décision, suivi des associations parties civiles. Il revient à la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris de trancher: sa décision est attendue à 14H00 (12H00 GMT).

Dans son réquisitoire daté du 16 janvier, dont l'AFP a eu connaissance, l'avocat général a considéré le non-lieu comme "a minima prématuré".

Il a fait état d'"indices graves ou concordants du crime d'entente, tant sur le plan matériel que moral, et qui tendent à démontrer" la participation d'Agathe Habyarimana "au but génocidaire" et "son adhésion à l'objectif de (...) tuer un nombre conséquent de Tutsi". Des indices qui "justifient" sa mise en examen, a-t-il requis.

Pour lui, la poursuite de l'instruction se justifie également par les "nombreuses demandes d'actes" formulées par le Pnat, en 2022 et 2024, auxquelles les juges n'ont d'abord pas répondu, puis auxquelles elles ont opposé un refus, puis un non-lieu. Parmi ces demandes: des auditions de témoins, des confrontations ou encore l'exploitation complète du dossier de demande d'asile d'Agathe Habyarimana.

Dans une tribune publiée fin mars par Le Monde, 56 personnalités dont des historiens ont affirmé que le non-lieu "néglige(ait) la preuve des sources et le travail des historiens". Elles s'inquiètent notamment de la remise en cause même de l'existence de l'Akazu par les juges d'instruction, qui ont souligné la nécessité d'appréhender ce concept "avec prudence".

Me Patrick Baudouin, avocat de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), dit espérer que la justice "tourne le dos à l'impunité".

Interrogé par l'AFP, l'avocat d'Agathe Habyarimana, Philippe Meilhac, explique pour sa part que sa cliente avait "été entendue trois fois en tant que témoin assisté" et "tous les actes qui pouvaient être utiles ont été réalisés".

Après 19 ans de procédure, "il est temps qu'elle se termine avec un non-lieu", "la seule issue possible", car Mme Habyarimana n'est "pas du tout la femme (de pouvoir) que certains décrivent", a-t-il dit.

Agathe Habyarimana a été exfiltrée en Europe avec sa famille le 9 avril 1994, à la demande du président François Mitterrand, proche de son mari. La France a ensuite refusé de l'extrader au Rwanda, comme ce pays le demandait, sans toutefois lui accorder l'asile.

Depuis 2014, huit Rwandais ont été condamnés en France pour leur implication dans le génocide, d'après le CPCR.

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